mosse-virginie--1-environnement-aigle-3web.jpg

MOSSE Virginie

Index de l'article

Notes d'intention

ART-ET-DESIGN 2015

Invitée en résidence sur le thème art et design à Caza D’oro après Damien Aspe et Ana Quiroz, j’ai développé le 3ème volet de cette thématique sous la forme d’une exposition construite comme un environnement ou les pièces présentent des indistinctions de genre et se dé-catégorisent, particularités déjà présentes en latence de mon travail. Par le biais du thème de ma résidence, du décloisonnement des activités, j’en fait un état de fait qui marque à présent la forme de mon travail.

J’utilise en effet une variété de médiums plastiques, dans une filiation avec l’art concret et l’op-art, l’art conceptuel, le color-field et le land-art, dans la démarche de traduire chaque concept avec le medium le plus approprié à son expérience. Dans mon travail, j’utilise des éléments existants puisés dans le vaste collectif que je replace dans un nouveau contexte et type d’ associations. Je réfléchis dans cette exposition sur les notions d’abstraction et de représentation, la place des arts dans la construction des sociétés et l’idée de temps elliptique. Ainsi que la perception non plus comme une idée de voir mais comme une expérience liant le corps et l’esprit comme unité (dans l’exposition les grandes toiles qui immergent et les petits formats pour l’esprit, le coin du chaman, de l’informel et du chaos en opposition à la géométrie), d’après Merleau-Ponty dans la phénoménologie de la perception, et la remise en question des dichotomies Cartésiennes imprégnées depuis Platon dans la société occidentale (la république et l’allégorie de la caverne) en passant par les lumières. L’histoire de l’art, l’archéologie, la philosophie, les mathématiques sont des matériaux que je privilégie.

J’ai construit mon exposition de fin de résidence comme un parcours participatif s’articulant autour du tunnel (et de la cimaise de biais) divisant l’exposition en 2 parties entre le dehors et le dedans, la lumière et l’ombre, la société et l’art. L’exposition sur le modèle de la grotte, reflète en même temps notre mode de pensée contemporaine d’approche des différents domaines.

Vu comme un échange entre d’abord les habitants du Mas d’Azil (par extension la région Midi-Pyrénées et l’Occitanie) -puis les visiteurs et l’artiste, j’ai changé les données de la salle et le rapport habituel de la réception des œuvres en calquant mon espace sur le modèle de la grotte et de la situation très profondément enclavée des peintures pariétales, métaphore de l’accès à l’art/contemporain dans un parallèle évident à l’ Allégorie de la caverne de Platon, la grotte philosophique. Révéler l’invisible ou l’inaudible (avec la présence des ultra-sons des chauves souris dans le tunnel, ou les motifs coupés). Dégager du sens. Mon travail ne se base pas sur la philosophie directement mais s’inspire de ses mechanismes qui sont très semblables, notamment dans le balayage temporel et le travail de filiation, ainsi que les questionnements. J’ai aussi cherché à me raccrocher au travail de Caza d’Oro avec Dreamtime et art-et écologie-au XXIeme siècle-dans les Pyrénées.

Je propose avec Experimentum Mundi une immersion complète, une mise en contexte "cinématographique" (en filiation avec décor de Marcel Broothears) de la salle avec le son des chauves souris, des éclairages et une construction en tunnel, dans lequel on pénètre après avoir pris une croix occitane dans l’œuvre à l’entrée, dans la sculpture "las colors". Sculpture éphémère (qui localise dans un contexte fonctionnant comme un exemple macro) mais en même temps durable puisque les visiteurs repartent avec ce petit morceau de porcelaine précieuse, confectionné par l’artiste, symbole de la participation à la culture et à la construction d’un réel mais aussi de l’érosion de nos sociétés, en dépits de la persistance du vernis ou encore la question actuelle des mutations des régions, une remise en cause du rapport à l’objet industriel.

Je reporte le thème Art-et-design sur le concept de civilisation, un aller-venu entre L’Être et la connaissance, dedans -dehors. La grotte philosophique, mais aussi existentielle, reflétant sur ces questions contemporaines, politiques, territoriales et climatiques, dans le rapport nature-culture et identitaire. Soit le questionnement éternel de l’homme face à lui même et à son environnement, par la recherche de ses représentations qui se manifeste dans la place la plus conceptuel qu’il soit, les arts.

Inspiré par le site lui même qui m’a permis d’introduire dans mon travail concrètement la "préhistoire" (avec les motifs de l’art mobilier, la grotte, le chaman) le caractère elliptique du temps, et la constante de l’Homme.
Réfléchir à la notion de progrès et d’absolutisme historique en préférant la notion de mutation, qui nous relie à une condition plus fragile de dépendance à notre environnement. Je cherchais depuis longtemps à développer sur nature-culture et sur le réel comme construction. Ces notions ont trouvé leur encrage ici en résidence et se sont greffées naturellement à mes questionnements récurrent sur la perception et L’Être et ont enrichi ma démarche de manière conséquente. Experimentum Mundi positionne l’abstraction comme physiologique et comme point fondateur des civilisations, réfléchit sur le lien intrinsèque de l’homme à l’art.

L’étude des théories de Jean Clottes et des historiens de la préhistoire m’ont permis de replacer l’abstraction et le moderne dans un spectre de 14000 ans en arrière, relevant le caractère physiologique de l’abstraction (dans les hologrammes notamment,) comme particularité intégrale de l’homme animal. Je me base pour cela sur les découvertes concernant les représentation rupestres (les anthropomorphes, les formes géométriques, l’informel des parrois) que Jean Clottes associe à la transe et au chaman, que je relie directement à la vision, soit au travail de l’artiste mais aussi à la formation des sociétés. Abstraction que l’on retrouve encore sur les galets Aziliens, trouvés en dehors de la grotte. Au Mas d’Azil j’ ai trouvé des motifs et des moteurs de recherche. Mon travail se développe en contexte souvent et se dessine comme un nomadisme spatio-temporel et comme l’a écrit Nathalie Thibat se teinte de Romantisme dans le contexte de la création et existentiel en regard de l’existence face au gouffre du temps que chacun transporte en lui même dans sa mémoire "biologique" et apprise.

Le hologrammes traitent de l’abstraction comme caractéristique innée de l’esprit. Avec la tasse décorée d’un paysage on passe de l’abstraction à la représentation, en parallèle du lien nature-culture. Dessiner un paysage sur l’objet et la grille, élément récurent dans l’exposition. Ensuite après avoir reporté l’abstraction sur l’objet, je traite de l’abstraction idéologique, avec la tour Tatline agissant comme un fantôme menaçant, et la masse informelle des peuples (ici photo de presse des migrants Syriens vers l’Irak) sculptés par les grandes abstractions utopiques. Ensuite je traite avec la chaise Floris de 1960 et le propulseur aux 3 ages de la vie magdalénien, le thème du temps elliptique. Entre les 2 objets je ne vois aucune différence, l’objet de mes préoccupations. Pour finir l’arbre et la pirogue qui parlent pour eux même. J’ai pu relier dans cette exposition une variété de notions, comme l’informel et le géométrique, les mathématiques et la philosophie, la transe et le concept et réfléchir donc retranscrire aux visiteurs, dans un développement sur l’abstraction et la représentation, les fonctions, les buts et le rôle de l’art, appliqué aux objets (qui reviennent dans l’art à partir des brillo boxes dans un mouvement inversé), à l’habitat et la construction des civilisations. Concrètement avec les hologrammes, le 4ème ou je place la tour Tatline sur une masse informelle des populations des migrants aujourd’hui, soit l’abstraction idéologique. Ou encore avec l’aigle et le tonneau, soit le concept de création, aussi un informel (en écho bien sur au mouvement après-guerre) avec l’abstraction concrète et géométrique, optique en lien avec notre rapport de force à la nature que l’on peut raccrocher soit à une actualisation du romantisme historique, aujourd’hui on fait nature mais en même temps elle continue à nous fasciner dans le sens abyssal du terme. Le naturel et le sur-naturel soit l’artificiel, ce besoin de s’élever par rapport à la-notre nature pour la construction du réel. Le co-créateur soutient ces notions, avec une photo des Pyrénées sortie d’un Iphone 5, celles ci ayant la particularité d’être plus *réelles que le motif photographié, ce qui donne à ces prises de vue un coté monstrueux, une nature façonnée par l’homme, tout en continuant de conserver un rapport Romantique à la-notre nature mais en se positionnant comme le créateur, évidemment de la photo mais aussi du monde tel qu’on l’a façonné. Le détail de la main et la suffisance de la position (déjà un peu présent chez Friedrich) le souligne.

Sur l’exposition

Je traite la thématique art-et-design en la rapportant sur le concept de civilisation, le lien intrinsèque de l’homme et de l’art, donc qu’est ce que l’art et pourquoi. En abordant la question contemporaine dans un rapport à la grotte, puis en développant sur Babylone, avec l’art Babylonien et l’abstraction non plus sur l’objet mais sur l’architecture. Le motif, l’abstraction comme un projet. Je montre sur cette toile les colonnes d’Uruk, positionnées à l’envers, comme un miroir, un souvenir, mais aussi comme une menace en mémoire de l’effondrement de cette civilisation. Plastiquement, c’est une acrobatie historienne de l’art, plaçant sur la toile la représentation de colonnes antiques, en trompe l’œil, bien que le motif lui soit traité de manière concrète (art-concret), comme réel sur la toile, l’abstraction sur l’objet ré-appliqué sur la surface historique d’illusion. Ensuite je présente avec le labyrinthe une incursion avec Shakespeare et sa dernière pièce la tempête qui parle dans une critique à l’époque, sous Élisabeth aux premiers colonialismes, du rapport nature-culture, magie et ratio. On peut y voir aussi, une dichotomie entre le monde d’avant et le monde grecque, qui est le notre, avec les volutes qu’empruntent la ligne orange qui se rapproche des motifs sur les vases Grecs. Cette œuvre est aussi une métaphore de ma manière de travailler, c est à dire ne rien "inventer", la mort du progrès au profit d’un retour sur les pas pour une relecture avec le recul du temps (la ligne ne s’arrête pas en cul de sac mais sur deux issues déjà empruntées), il en va de même avec la caverne, on retourne vers l’ombre en quête de visions.

J’étudie sur support original en 3 toiles, les systèmes de représentation, soit l’illusion ou l’artifice en réfléchissant sur la surface de la toile comme support de la psyché ou il n’est jamais question de mimesis. La mimesis se situe pour moi non sur la toile mais dans notre rapport réel, processus qui n’a nul besoin d’être représenté. Avec la nature- à la créationcomme je le montre dans le diptyque photo avec ma version du Promeneur de Friedrich et la spirale logarithmique. Sur la toile il s’agit de nos préoccupations au degré le plus conceptuel, dans la représentation (comme on le voit sur les Venus préhistoriques) que l’on reporte ensuite sur l’objet soit l’art appliqué ou le design. La chaise floris en 1960 et le propulseur aux 3 ages de la vie sont pour moi identiques dans la démarche.

Au concept de formation de la civilisation, j’ajoute le concept de créativité, développé avec le chaman, la vision, dans un parallèle avec l’artiste. L’étude des systèmes de représentation, soit l’abstraction comme naturelle ou physiologique, pourquoi la représentation, le formel (les toiles sont à première vue formalistes, le motif pour le motif, puis on s’aperçoit qu’elles le nient pour aller au cœur d’une réflexion sur leur essence et sur la fonction de ce qu’elles présentent, elles contiennent en elle même leur histoire), l’informel, les dichotomies abordées dans les hologrammes.

Experimentum Mundi a pour ambition de donner une perception plus globale, de questionner cette attitude que l’on nomme art et son implication dans la construction du réel ainsi que l’aspect physiologique de l’abstraction intrinsèquement lié à l’être, incitant à méditer sur le caractère elliptique du temps.

Dans l’exposition le miroir est un autre outil d’étude de la représentation, soit comment on se représente. La phase miroir chez Lacan, est la phase ou l’enfant se construit par rapport à sa réflexion et on peut dire que ce travail continue tout au long de l’existence, la représentation de soi pour sa construction dans le réel. Le réel comme construction. J’en ai placé un sous les croix occitanes et un autre sous le tonneau. Ce dernier symbolisant l’oracle (mémoire de Delphes, la Pythie, Alexandre le grand….), le lien avec le chaos, le cœur du concept de créativité, l’intuition, les chamanismes indéfinissables de la création. Le miroir sous le tonneau marque comme le dit Jean Clottes avec le chaman, la liaison entre ce monde-ci, et le monde -là , le visible et l’invisible, comme les chauves souris, ou ma manière de couper les motif au bord de la toile pour les prolonger dans l’invisible. Il lie l’artiste avec l’autre monde, la vision.

La caverne et Platon, la grotte philosophique, sont les soubassements de l’édifice. La rivière Arize qui sculpte les concepts. C est le 3ème et dernier volet de l’allégorie, notre présent. Platon en avait prévu que deux, et j ‘en vois un troisième. On retourne dans la caverne. Mon exposition s’articule en 2 volets, l’extérieur, soit le monde que nous connaissons, le monde de la lumière, la connaissance, des dichotomies cartésiennes, la science, le progrès… en opposition avec la caverne, l’ombre, l’être, la sensibilité et l’art (aussi contemporain). Donc la tendance de l’industrie contemporaine à faire appel aux artistes et au designer pour ré-insuffler du contenu, ré-inspirer après 3 siècles de négation, la société industrielle et scientifique. Elle retourne dans la caverne chercher les créateurs, les philosophes et les écrivains… pour une société empreinte de vision. Contenant-contenu. Damien Aspe traite la thématique également de ce point de vue avec ses lustres baroques dans la grotte, construits avec des outils les lumières sorties de l’ombre en affirmant l’Homme comme une constante aussi dans une vision elliptique du temps. Un plus un- trois et Experimentum Mundi, un plus un égal un.

Ce temps contemporain d’une société qui refait appel aux artistes et aux penseurs, et le phénomène de décloisonnement des domaines de la créations aux besoin de l’ industrie et de la science rappelle la Renaissance (indiqué dans l’œuvre la vérité enfin avec l’issue de la ligne orange), le mécénat et la construction d’une nouvelle société au sortir du Moyen Age et à l’heure actuel pour s’élever de la glu post post moderne de trouver des perspectives dans la globalisation après le XX ème siècle. Une construction plus qu’une consommation. Comme dans le rapport nature-culture, art et industrie, qui domine qui? L’art continue de sculpter les sociétés et reste la place de liberté.

Résumé

J’ai traité la question art et design en ramenant la question sur l’essentiel. Pourquoi la culture? Qu’ est ce que l’ abstraction? Comment?

J ai déployé ces problématiques sur 3 niveaux, plastique, philosophique et identitaire dans le rapport au réel et nature-culture.

facebook_page_plugin