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BATLLE Michel

Index de l'article

De la préhistoire à l'après histoire

Michel Batlle

Dès mon adolescence, je me suis passionné pour la préhistoire afin d'appréhender l'art à partir d'un "point de départ". J'ai constaté que ce qu'écrivaient les préhistoriens était parfois éloigné de ce que j'imaginais être la réalité de ces époques. A force d'entendre dire "les hommes préhistoriques", je me demandais où se trouvaient les femmes ! J'imaginais la vie en communauté et ses activités diverses réparties entre hommes et femmes, jusqu'au pouvoir sur le groupe qu'elles auraient eu et les parois des cavernes qu'elles auraient peintes ! Femmes-artistes et femmes-chamanes, j'en avais parlé à un professeur d'histoire, alors que j'étais encore au lycée, il m'avait rit au nez. Je ne donnais aucune preuve, seule l'intuition parlait mais aussi le fait que je passais des heures dans des grottes pyrénéennes. Plus tard, en fin de siècle, je pouvais vérifier mes intuitions lors de mes séjours dans des campements touareg, très isolés au nord Niger, où la vie n'a pas beaucoup changé depuis le néolithique.

Essayer de comprendre pourquoi nos lointains ancêtres avaient peint dans certaines cavernes, c'était aussi se poser les questions essentielles sur le "pourquoi de l'art", à quoi il sert, comment il arrive, progresse, se diffuse, son pouvoir... Imaginer ce que pouvaient être les premiers temps de l'art, m'amenait non seulement aux questions essentielles mais aux expérimentations fondamentales, comme les avait posé dans le siècle précédent, l' "art informel".

A dix huit ans, j'étais un peintre abstrait qui recherchait et expérimentait, cette base de la pratique de l'art et ses fondamentaux, faisant mienne la phrase de Ad Reinhardt: "Toute proposition qui n'a pas l'art comme propos n'est pas l'art".

Ma passion pour cette très lointaine pratique de l'art avant l' "histoire de l'art" me poussait à organiser, en 1967, une exposition éphémère de mes abstractions dans la grotte de La Crouzade à Gruissan. Une trentaine de personnes participaient à cet événement, une lampe de chantier à la main. Était-ce la première exposition dans un site préhistorique ?...
Bien plus tard en l'an 2000, j'organisais "Les Nuits Paléolithiques" dans la Grotte de Bedeilhac de Tarascon sur Ariège où j'installais, sous sa grande voûte, mes "33 questions essentielles pour l'art de demain".

Artistes de plein vent

Retour à Tarascon en 2017 pour trois expositions de mes sculptures humanoïdes en acier. Plantées dans les bassins de ce "Parc de la Préhistoire" face à la montagne dans laquelle se trouve la grotte de Bedeilhac, sept sculptures intitulées "Avatars", comme pour mieux affirmer que l'art n'est qu'une métamorphose de la réalité, feront office de "chasseurs" après avoir été prises pour des "guerriers" transpercés par des barres qui assurent leur stabilité; ces barres sont comme des trajectoires, des pistes, des ondes, des informations, des perspectives perdues... Elles sont sans âge, sauf que leurs silhouettes ont subi les transformations du XX ème siècle, je veux parler du cubisme.

Face à elles, trois chamans en observation, leurs visages occultés par des masques de bronze aux formes géométriques. Les chamans, intermédiaires entre les humains et les mystères de la nature, ont pris diverses formes au fil du temps. Certains d'entre eux ou d'entre elles étaient des artistes et leur art du dessin était une pratique culturelle de premier plan, considérée par le groupe comme magique. En ces temps là, l'art était important. Malheureusement il ne nous est parvenu que peu de choses. A partir de ces traces fragmentaires de la vie d'il y a 20000 ou 40000 ans, il est possible d'extrapoler, et, par déduction, découvrir certains aspects des cultures au paléolithique.

Les parois peintes des grottes ne sont qu'une partie infime de pratiques et de rituels des cultures qui nous donnent quelques indices sur cette "pré-histoire". Pourquoi existe-t-il si peu de parois peintes ? Il faut prendre en compte que, durant ces quarante derniers millénaires il s'est passé beaucoup de choses dans la vie de nos ancêtres avec des moments de ruptures et d'évolutions, dans les pensées et dans les actes dont il ne reste que trop peu de traces.

Avant que naisse l'écriture, il y avait le dessin, qu'il soit plat ou en volume, car la sculpture c'est du dessin. Le dessin a probablement été la technique de transmission la plus usitée et on peut penser qu'il a été pratiqué par tout un chacun et qu'il faisait partie de ce qu'était l'enseignement d'un jeune enfant tout comme la chasse, la pêche, la connaissance du ciel et des plantes... Il se peut que ces cultures très anciennes aient été dominées par ce que l'on appelle les "arts plastiques" qui ne se départissaient pas de la fabrication des outils et de toutes les activités du quotidien. Il était nécessaire que le sapien fut un polyvalent afin de se confronter et de s'adapter à son monde naturel. Il était, à n'en pas douter, un homo faber généraliste.

L'art s'est pratiqué en grande partie en extérieur, sur tous supports, les parois rocheuses, les arbres, les végétaux, les cuirs d'animaux... Tout ce qu'il était possible de transformer fut expérimenté. Des totems étaient dressés tout près des abris, des parois rocheuse peintes, des ateliers installés en bord de rivières où l'on utilisait les galets et le sable pour polir les sculptures, les bijoux...

Les artistes de ces temps lointains étaient des "artistes de plein vent" ; ils vivaient l'art au quotidien, leurs corps étaient parfois peints si ce n'est scarifiés ce qui était du plus bel effet sur leurs peaux noires, car nous n'avions pas encore blanchi !

C’est contre ces clichés identitaires qu’ils se révoltent et brouillent les pistes" tout comme le fait ou l’évoque voire l’invoque à travers des actions artistiques Michel Batlle, artiste d’origine catalane et résidant en Région d’Occitanie /Pyrénées-Méditerranée avec un hommage particulier qui lui sera rendu. Les œuvres de ces artistes tout comme ceux invités à résider à Caza d’oro, en Ariège, en 2017, nous offrent "un espace de méditation et de médiation, c’est dans ce lieu intermédiaire que les forces vives du chamane font et feront irruptions. Les artistes en sont devenus les dépositaires et pour eux il est important voir vital de transformer notre perception du monde visible ainsi. En effet l’artiste se voit comme un intermédiaire, il considère que son art est un instrument qui doit porter secours à la société. Et c’est encore là que sa réflexion se rattache au chamanisme."

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